Oneiros

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L'abeille

Elle aimait les grandes conversations, et c'était une bonne oreille.
Chez les humains les bonnes oreilles n'existent pas, sauf quand on les paye.
C'est normal. L'humain a une faculté d'écoute de quelques minutes.
Ensuite, il lui entre une abeille dans l'oreille.
Ce n'est pas de sa faute, c'est le bourdonnement qui l'empêche d'entendre.
Et puis en plus il lutte, essaie de faire taire l'abeille, lui dit ta gueule, tout en ayant peur de le dire à voix haute, de crainte que son interlocuteur ne s'en rende compte.
Ça y est, vous arrivez à la limite.

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Photos de famille

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Famille

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Fantasmes

A d'autres le petit jeu, sournois et minaudé. A d'autres. Le chemin serait long. Le pèlerinage supposerait un sacrifice. Elle courut. Elle s'arrêta. Son orgueil ne lui permettait pas. Et puis tout de même. Ils partiraient sans elle. C'était intolérable. Elle leur dit théâtralement que cela resterait sur leurs consciences. Pas de réponse. Et puis c'était faux. Elle avait de l'argent dans les poches. Il ne restait que quelques jours pour arriver au but. Pour combler le tout, elle venait de toucher son billet de retour dans le sac, en cherchant de l'eau. Au fond, elle savait bien. Ainsi posée sur ses genoux de séductrice, et retenant rageusement quelques larmes d'impuissance, elle fit la moue. Très utile. Les autres partirent calmement, sans se retourner. Sans regret. Elle s'affala à même le sol; regarda le ciel. Comment envisager un seul instant la moindre petite chose à se reprocher.

Une minuscule et imperceptible voix se mit à gronder en son for intérieur.

Arrête

La perfide resta au bord du chemin, criant pour se faire entendre des autres. Seule Echo sut comprendre sa douleur. Ne deviens pas harpie si tu peux être autre chose. Ne te rends pas coupable. Regarde ton reflet dans le miroir. Ignore ta bouche, ta toilette, tes cheveux. Regarde tes yeux dans le miroir. Ignore leur beauté. Regarde plus loin et observe la lueur frétillante enfouie entre les algues. Le rayon sortira. Ce ne sera pas douloureux.

Train

Et les arbres et les champs et leurs acolytes défilent et déferlent les pensées et les réflexions mêlées de souvenir. Avancer, qu'on le veuille ou non. Autant le faire avec lucidité. Autant ramer dans le sens du courant, que de s'accrocher aux buissons de passage au risque de chavirer. La peur. Oui forcément, parfois. Mais l'envie, le désir, le rêve aussi. Que les rêves ne finissent pas par alimenter les flots de l'Inframonde. Qu'ils ne se perdent pas dans l'oubli.

Deux et trois histoires

Nouvelle qui sera le scénario d'une bande dessinée. Ecrite en espagnol puis traduite et réécrite en partie en français.

Ses yeux immenses retiennent des larmes qui ne rouleront jamais. Telle est ta fille qui te regarde sans rien dire. Ton petit fantôme est toujours d’accord, mais son regard insistant la trahit, et se cloue en toi d’une tendresse cruelle. De celles qui te collent à la peau sans te lâcher. Tu sais qu’elle attend quelque chose de toi, et tu lui dois beaucoup.

_ Cette gamine voit tout.

Tu avais oublié la présence de cet homme, tellement tu étais perdue dans tes pensées.

_ Envoie-la dans sa chambre.

Mais le petit spectre s’était déjà volatilisé. Une main serra ton genou et tenta de passer sous ta jupe. Tu devais te résigner, cela arriverait que tu le veuilles ou non. Ta bouche s’est pincée, et tu as décidé de ne pas regarder. Tu ne pouvais plus voir son visage.

Les patients s’immobilisèrent en voyant le nouveau venu. Il lui manquait un bras, une partie de son torse avait disparu, laissant la charogne de son épaule découverte comme une plaie béante. Curieusement, et ce malgré ses blessures, le jeune homme avait un regard qui donne des frissons. Il devait à peine avoir quatorze ans, mais ses yeux étaient ceux d’un adulte. L’infirmière qui le soigna ne put soutenir le duel bien longtemps. Elle baissa la tête et regarda uniquement les multiples gazes que l’on utiliserait, en attendant un chirurgien qui aurait les qualités d’un sorcier. Le garçon se tenait droit comme un chêne, malgré l’évidente douleur de sa peau tiraillée comme celle d’un animal que l’on tanne. Le sang de son bras se filtrait en petites gouttes constantes. Une hémorragie pourrait emporter une vie à peine entamée, et dont le but ultime était celui de venger sa famille. La milice les avait emportés, comme dans un autobus sans billet de retour.

Un rayon de soleil se faufila doucement, d’un rai oblique, pour saluer une petite fille au sourire en coin. Le silence régnait dans la maison, et notre princesse s’aventura à passer la tête par l’encadrement de la porte, pour marcher ensuite à pas de loup jusqu’à la chambre de ses parents. Elle retint sa respiration un instant, en savourant le moment. Une boucle dense et cuivrée glissa sur l’oreiller. Les hanches rondes de sa mère, baignées de lumière, lui racontèrent que la nuit avait été sereine. Lorsqu’elle tourna la tête, elle put voir le miel des yeux maternels tandis que ses bras s’ouvraient pour l’envelopper.

Parfois tu as besoin de cracher tes haines, de te défaire de ces griffes qui s’agrippent à ta gorge. Mais tu sais que tu ne dois pas, tu préfères les maintenir en ébullition dans tes entrailles jusqu’à ce qu’elles explosent. Peu de gens sont capables de comprendre ce genre de choses, mais pour ta part, il est impossible d’effacer de ta mémoire l’image de ta sœur gisant dans la boue, exposée à toutes les violences, ses petites jambes ouvertes et son regard entêtant. Tu as pu observer comment son dernier souffle soulevait une plume venue se poser par hasard sur son visage d’ébène bleue.

Elle t’a regardé aussi. Tu ne sauras jamais ce qu’elle a voulu dire. Peut être n’acceptes-tu pas le reproche de rester en vie. Caché sous des vieux matelas, son regard t’a transpercé de culpabilité, dans la ferveur d’un possible retour. Ta sœur a été la dernière, et ton enfance s’est enfuie avec elle. Tu l’as su dès que ces hommes ont joué avec son corps, comme si c’était une poupée. Tu as su alors, quel homme tu étais devenu.

Il est temps de rentrer... Ton mari vous attend sur le pas de la porte, il se lève en vous voyant, et à partir de cet instant tu sais que ta vie t’attend au tournant. Une bouteille explose dans les tympans de la maison, finissant de détruire l’illusion de foyer qu’il vous restait. Tremblotante, tu te penches à l’entrée pour te rendre compte qu’il est saoul, car tu reconnais ce genre de mouvements. Tu pries un dieu auquel tu as cessé de croire depuis longtemps. Sa main se fait rapide, et tu peux sentir que ta tête s’incruste dans le coin de la table, et s’y encastre. A partir de cet instant, ta vue s’embrume, et un nuage blanc veut entrer dans le creux de ton crâne. Tu luttes assez pour entendre ton mari se diriger vers la chambre d’Angela, et son cri se noie en en toi tandis que la brume gagne la partie.

Un jeune homme ouvre ses yeux collés au milieu de la nuit, mais son esprit repousse ce détail, et un tourbillon de souvenirs l’entraîne. Il voit sa mère, avec ses robes de savane; ce genre de robe que seule une mère peut porter avec la beauté d’un sourire tragique et éternel. Puis il résiste au réveil, face aux restes d’enfance qui perlent ses joues. Mais sa peau sombre ne va pas masquer les sueurs de la peur. D’un long soupir, il soulève la carcasse restante de sa jeunesse, nettoie son visage et se lève enfin. Cette nuit là, un autre patient de l’hôpital s’est échappé, pour se diriger vers sa nouvelle proie, vers les assassins du passé: d’autres enfants absurdisés par la guerre.

Les monstres d’Angela ne sont pas comme les autres. Ils ne rentrent pas dans une armoire, mais se logent plutôt dans sa maison, et dans sa propre tête. C’est pour cette raison qu’elle s’est dirigée vers l’armoire ce soir là, en recroquevillant ses jambes en porcelaine pleines de griffures. Ses larmes se sont séchées tout à coup, en pensant que sa mère était peut être morte. Une voix rauque l’a appelée, feignant de la douceur, et la porte de sa cachette est partie en morceaux. Elle a appelé sa mère désespérément tandis que l’homme la soulevait du sol par le col de sa robe, l’invitant à « jouer » avec lui. La petite a regardé son père, et ses yeux injectés de sang lui ont rappelé ses pires cauchemars. Elle ne lui donnerait pas le plaisir d’ignorer le dégoût qu’il lui inspirait, et la haine qu’il provoqua dans son regard d’enfant devint une menace.

Kalami a la peau endolorie à cause des tubes qu’il a dû extirper dans sa fuite. Ses pas sont fermes, car personne ne pourra l’écarter de son chemin.

La finesse de ses pieds reconnaît le terrain, et le jeune homme sort son drapeau blanc, qu’il a fabriqué avec les draps doux de son futur linceul. Il espère anxieusement que son plan réussisse, afin d’arriver vivant à sa vengeance.

En cette demi-journée d’été, une fillette déguisée en soldat fait la garde, ainsi qu’un acolyte du chef de la milice.

Il sent son estomac trembler en reconnaissant la voix de l’homme.

L’ambulance défile dans les rues avec son cri inhumain. L’infirmier essaie de garder son professionnalisme, en ignorant la haine qui grimpe le long de de sa gorge, en vociférant un « pourquoi ? ». Il ne peut éviter un soupir en voyant que Maria a une bouche transparente.

Ce soldat insignifiant t’a volé tout ce que tu étais, mais fais attention et attends. Fais dont taire le cri de ta sœur et dis à son fantôme qu’il cesse de te tourner autour. L’acolyte s’approche de toi avec dédain, et dans un soupir tu réussis à lui planter la dague, en riant à gros bouillons de sang sur ta main. Tu aurais voulu profiter de ce moment un peu plus, mais la balle ne t’a pas laissé le temps. Quand le corps est tombé, un petit soldat curieux s’est approché pour y voir le visage de la mort. Elle a capté le dernier souffle poussiéreux de Kalami. Elle a vu son sourire scellé du fil rouge de l’esprit, qui tranchait son visage jusqu’à sa bouche. C’est alors qu’elle a su que pour une étrange raison cette mort était bienvenue.

Angela a hâte de retrouver sa mère. Tout en riant, l’infirmière lui demande d’être patiente, et tente de l’asseoir correctement sur un lit dont les draps ont des motifs de savane. Elle trouve enfin le bon argument, en lui disant qu’elle va la rendre très belle. La faisant asseoir, elle admire ses cheveux tout en passant le peigne lentement. Les yeux de la petite fille sont quasiment fermés lorsque la jeune femme lui dit de se regarder dans le miroir. Malgré les bleus récents sur son visage, les yeux immenses d’Angela brillent plus que jamais. L’infirmière a mis un ruban rouge dans ses cheveux couleur de cendre. Délicatement, elle en retire un fil qui tombe sur sa joue. L’enfant sourit et lui demande :

_ Ça y est ? Sa mère s’est enfin réveillée, se sentant observée. Dans un sanglot, elle a attrapé sa fille puis a décidé de ne plus jamais la lâcher.

Pendant ce temps, les yeux perlés, l’infirmière les laisse, afin de mettre la déposition de plainte en lieu sûr.

« Un jeune homme prénommé Kalami est mort à midi aux mains de la milice congolaise. Le supposé assassin serait une enfant de dix ans séquestrée non loin du camp de réfugiés... »

La jeune présentatrice chante ses informations d’une voix tranquille tandis que le moniteur fait défiler les immondices de l’humanité. Elle est ravie d’avoir changé de parfum, car elle sait que ces détails comptent pour la séduction.

« Une femme et sa fille ont été hospitalisées dans la clinique Gregorio Marañón suite à une violence domestique .... » Ayant terminé son discours, elle se penche sur son fauteuil d’un air blasé.

_ Quelle longue journée, je suis morte.

La Madeleine

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La madeleine de Proust

Ce sont ces images ou autres objets qui nous ramènent à un instant parfois oublié, ou bien délavé par le temps.

Ma madeleine de Proust est donc cette photographie, ratée au regard d'un amateur qui classe ses photos de famille.

Peu de contraste, cela crée une douceur et un halo de mystère intriguant quand aux esprits du passé qui nous habitent, nous rappelant bien souvent le temps qui glisse, et finit par plonger en dehors du réel.

Tout cela devient l'image trouble d'une autre image de ce que l'on était. Mais peu importe la soi-disant véracité des faits.

Ce qui compte réellement est que nous avons tous une madeleine, poupée, tissu, odeur ou autre, qui nous entraine vers un flash-back dans le temps, l'espace et la pensée.

Nous avons tous ces sensations étranges et authentiques venant nous rappeler qu'un jour nous ne seront plus, et nous titiller de la question éternelle:

Que feras-tu de ce temps qui t'est donné?

A la limite cela ne doit pas devenir une obsession, et ce qui m'intéresse réellement n'est pas tant cette menace d'une fin possible et certaine, mais plutôt cette impression.

Le plus drôle dans l'histoire de cette photographie est aussi le manque de souvenirs auxquels me rattacher.

Le passé est là pour nous inspirer en fin de compte, pour apprendre des erreurs commises, afin d'en commettre d'autres, mais pas les mêmes.

Il est intéressant de trouver la justesse de ces madeleines qui ne surgissent peut être pas par hasard, et si elles le font, on ignore tout de leur provenance.

Et ce qui surgit de mon passé n'est autre que l'essence même des choses et des êtres, comme pour y puiser à l'infini l'origine de tout, et aussi l'origine de mon voyage dans l'art.

En cours... série gris

Le dernier série gris

Emplâtrée

&Co...

L'araignée d'eau

Je voudrais devenir une araignée d'eau, afin de marcher à la surface, d'y glisser habilement et de devenir un être léger, poétique. Je voudrais être comme ces ballerines d'étang qui émerveillent les enfants de leurs bonds gracieux et de leur fines pattes fragiles. Je vais essayer, et peut être coulerai-je de tout mon poids d'humaine que je suis, mais au moins j'aurai tenté l'expérience...

Jeu de genres

Jouer sur l'histoire de l'art, sur le genre et le style, d'inverser tout cela afin de mieux y réfléchir, mais pas trop, sinon cela perdrait l'essence même du ludique.

Série de gris

Se centrer sur l'idée du détail donnée par Marc Desgrandchamps, et ainsi de concevoir la photo-souvenir délavée par le temps comme un détail en plus, insignifiant, de nos vies. D'autre part, ce genre de photographies sont elles-mêmes truffées d'objets et de personnes sur lesquelles arrêter son regard. Elles en deviennent même rapidement les personnages d'un mythe personnel et imaginaire de ce que fut notre passé ou celui de nos ancêtres.

Cartes FRAC*

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Déclaration d'une poupée

Je ne suis qu'un morceau de laine imbibé d'eau. Le liquide m'entraînera vers les profondeurs, je le sais. L'enfant ne pourra plus tenir mon poids bien longtemps.

Elle sera sûrement repêchée par ses parents, mais je me demande ce que je vais bien devenir. Pourtant mon visage doux a été tricotté avec amour, le choix des couleurs a été dûment réfléchi... Et tout cela pour finir au fond d'un ruisseau. J'ai vu dans Blanche-Neige que les arbres prennent vie lorsque le soleil se cache. Je ne sais si l'enfant y croit, mais je n'ai pas envie d'être là pour vérifier la véracité de ma crainte. Peut être de grosses carpes gluantes viendront-elles me titiller pendant la nuit.

A moins que... Il se pourrait que l'amour de cet enfant pour le bout de tissu que je suis, soit plus fort que la force de son petit poignet. Peut-être réussira-t-elle a me serrer contre elle, afin de me sauver de l'abandon dans ma tombe aquatique.

Comment sommes nous arrivées là petite fille? Je ne me souviens pas si tu as glissé, si il s'agit d'une expérience, ou si tu en as assez de tout le tumulte qui t'entoure. Pourquoi baisserais-tu les bras? Les poupées ont mauvaise mémoire. Tu es une enfant si douce, si jolie, et pourtant...

Tu m'as jetée du haut d'un escalier, je n'ai rien senti dans mon corps garni de coton, mais j'ai eu tellement peur. J'ai été élevée par toi, et tu as toujours craint les chutes.

Quel est ce mystère qui vous entoure, Ô enfants, vous qui pouvez être si cruels et si beaux? Ce que vous ignorez, c'est que pour nous pauvres pantins, vous êtes des Dieux.

Cartes FRAC

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dessin

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Tableau vert

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